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Dépression : comment peut-on amener un employé à consulter?

Quel employeur n'a pas déjà vu, sans s'en rendre vraiment compte, l'un de ses employés hyper performants changer graduellement de comportement ou d'attitude, multiplier les erreurs, perdre sa motivation, lui qui, quelques mois auparavant, était une personne très dynamique? Que s'est-il donc passé?

Le premier réflexe de l'employeur sera peut-être de se dire que cet employé devait avoir une faiblesse de caractère, qu'il est devenu insouciant et que, s'il cessait de s'apitoyer sur son sort, les choses reprendraient leur cours normal. Mais qu'il se détrompe, car cet employé souffre peut-être d'une dépression majeure et cela peut parfois être complexe à déceler. En effet, certaines personnes atteintes de dépression peuvent chercher à camoufler leur tristesse en s'isolant, ou en consommant des drogues ou de l'alcool.

Personne n'est à l'abri de la maladie mentale.

Ça me travaille est un programme de prévention et de dépistage de la maladie mentale en milieu de travail. Offert par la Fondation des maladies mentales, il comporte trois volets:

  • un atelier de formation destiné aux gestionnaires qui les outille à mieux dépister une maladie mentale chez un employé et à gérer du personnel atteint;
  • un atelier de formation pour les pairs aidants afin de les former à dépister une maladie mentale chez un collègue et à orienter celui-ci vers les services professionnels;
  • une conférence-midi qui informe les employés sur la dépression et ses symptômes.

La dépression se caractérise par une combinaison de plusieurs symptômes, d'intensité marquée, persistants, même s'ils peuvent fluctuer dans le temps. Ces symptômes vont du manque d'intérêt pour des activités qui suscitent habituellement de l'enthousiasme aux troubles du sommeil et de l'appétit en passant par la tristesse permanente et des idées suicidaires récurrentes. Ils altèrent le fonctionnement de la personne atteinte tant sur les plans personnel que professionnel dans toutes les sphères de sa vie. La dépression majeure peut durer plusieurs mois, voire plus d'un an. Pour identifier une dépression, il faut consulter un professionnel de la santé (médecin ou psychiatre). Ce spécialiste évaluera l'état de la personne, déterminera un traitement en rapport avec le diagnostic et établira le suivi thérapeutique le plus approprié.

Des conséquences pour la société, l'entreprise et l'individu

Selon un rapport de Santé Canada (2002), environ 20% de la population souffrira d'une maladie mentale au cours de sa vie; le reste de la population sera quant à elle affectée par la maladie mentale d'un membre de sa famille, d'un ami ou d'un collègue.

Pourtant, notamment à cause des tabous, 50% des personnes atteintes ne consultent pas pour leur problème. En refusant ainsi de consulter, les personnes souffrent en silence. En milieu de travail, une personne atteinte de dépression qui fournit un mauvais rendement, qui multiplie les absences ou qui semble négliger ses tâches risque de faire face au mépris de ses collègues ou de ses supérieurs.

Et cela n'est pas sans conséquences pour les entreprises. En effet, une étude du Conseil du patronat du Québec (1998) démontre que près de cinq cent mille Canadiens s'absentent de leur travail chaque semaine à cause de problèmes de santé mentale. Et cet absentéisme coûterait plus de six milliards et demi de dollars aux entreprises québécoises. À l'échelle d'une entreprise, chaque cas de dépression coûte dix mille dollars ou quarante jours de travail manqués. Les enjeux de la maladie mentale pour les entreprises sont majeurs: absentéisme, baisse de productivité, problèmes de qualité dans le travail, tout cela entraîne d'énormes pertes financières. De plus, à elles seules, la dépression et la maniaco-dépression coûtent annuellement plus de cinq milliards de dollars au Trésor canadien.

Les gens qui ne consultent pas rapidement risquent de rechuter et réduisent leurs chances d'être traités efficacement. De plus, ils continuent de souffrir, souvent leur état s'aggrave et, par conséquent, les entreprises voient les coûts reliés à l'absentéisme augmenter. En effet, c'est ce que la Fondation des maladies mentales a pu constater lors du projet-pilote de Ça me travaille, son programme de prévention et de dépistage de la maladie mentale en milieu de travail (voir ci-dessus). Chez Les Outils Gladu, par exemple, deux personnes ont été dépistées à la suite du passage de Ça me travaille dans leur entreprise. Alors que l'une d'elle n'a dû s'absenter que pour un mois seulement, l'autre a pu éviter un arrêt de travail. Ces deux cas démontrent bien que les coûts rattachés à l'absentéisme causé par la maladie mentale peuvent être épargnés grâce au dépistage précoce.

Quel est le rôle d'un patron par rapport à celui de son employé ?

La santé mentale des travailleurs est une responsabilité partagée entre chacun des individus et leurs employeurs. Car s'il est vrai que certaines personnes sont prédisposées biologiquement à la maladie, il n'en demeure pas moins que les facteurs environnementaux, dont le milieu de travail, jouent un rôle crucial dans le développement de la maladie. Cependant, il n'est pas de la responsabilité du gestionnaire de jouer au médecin. Un gestionnaire qui veut aider son entreprise et ses employés à faire face à la maladie mentale joue davantage le rôle de lien entre son personnel et les professionnels de la santé, qui sont les meilleures personnes pour poser un diagnostic. Le fait qu'il côtoie ses employés régulièrement le place dans une position privilégiée pour repérer des symptômes ou des signes de maladie mentale et pour adresser la personne aux ressources adéquates. C'est pourquoi l'implication d'un patron dans le processus de dépistage et de traitement de la maladie mentale est primordiale.

Symptômes et manifestations de la dépression

Isolement : la personne se referme sur elle-même.
Irritabilité
, grande sensibilité ou tristesse.
Retard
dans les échéances.
Absentéisme
plus fréquent.
Erreurs
fréquentes.
Difficulté de concentration
.
Troubles de sommeil
: insomnie ou hypersomnie.
Plainte de fatigue
intense et de douleurs physiques.
Tenue vestimentaire moins soignée
qu'auparavant.
Perte d'intérêt
ou de plaisir pour toute activité.
Troubles de l'appétit
: perte ou gain d'appétit et/ou de poids.
Négation
: la personne nie qu'elle a besoin d'aide et affirme qu'elle va bien.

Comment soutenir concrètement un employé que l'on croit atteint de dépression ?

Une personne indiquera rarement de façon directe qu'elle souffre de dépression, mais il est possible d'identifier quelques manifestations qui ne mentent habituellement pas (voir tableau à la page suivante). La clef est d'identifier une rupture dans le comportement habituel de la personne atteinte. Il est alors préférable d'aborder la question avec ouverture, mais de façon délicate. La personne a besoin d'être écoutée, soutenue et accompagnée sans être jugée. Des questions simples comme: « J'ai remarqué que tu as changé récemment. Est-ce que quelque chose ne va pas? » peuvent l'amener à se confier. Si elle est réticente, un collègue qu'elle apprécie peut être mis à contribution pour confirmer certains doutes et lui venir en aide. Il est possible qu'un employé évoque la possibilité du suicide et le fera souvent de façon indirecte en mentionnant: « Ma vie n'a plus de sens » ou « Je veux mourir ». N'hésitez pas, à ce moment-là, à faire appel à une ligne d'urgence ou à composer le 911 pour demander conseil et être guidé dans l'intervention la plus adéquate en fonction du contexte.

La Fondation des maladies mentales a reçu, au cours des derniers mois, un témoignage touchant d'une employée d'un CLSC ayant vécu une dépression qui souligne l'importance d'orienter ses employés vers les ressources appropriées:

« Je crois qu'il est primordial de parler ouvertement avec votre collègue, de l'écouter et de l'orienter vers le programme d'aide aux employés (PAE) de votre entreprise. Dans mon cas, on m'a référée à un psychologue et à un omnipraticien. Ce dernier m'a dirigée vers un psychiatre. Je me suis sentie très coupable, dévalorisée et j'ai même douté de la possibilité d'être aidée. Il est donc essentiel d'ouvrir la discussion avec nos employés et parfois de les aider à faire les premiers pas vers la guérison. »

Les traitements

Ce qui demeure le plus efficace pour traiter la dépression est la combinaison de deux traitements, soit la prise d'antidépresseurs et la psychothérapie. D'ailleurs, une étude, réalisée en 2001 par docteur Martin Keller de la Brown University, conclut que le taux de réussite du traitement s'élève à 85% lorsqu'on utilise la combinaison d'une médication et d'une psychothérapie. Le professionnel de la santé qui traite la personne saura choisir le type de traitement qui lui convient le mieux. Le traitement de cette maladie n'entraîne pas de dépendance, mais donne plutôt de meilleures chances, dans l'avenir, d'éviter que le problème devienne chronique ou que la personne rechute une fois stabilisée.

Suzanne Dubois, MBA est directrice générale de la Fondation des maladies mentales.

Source : Effectif, volume 6, numéro 4, septembre / octobre 2003