Leadership efficace : un accomplissement intérieur?
Par Carole Théot, CRHA
Dans un monde en perpétuel changement, les compétences en leadership comptent parmi les plus essentielles à la survie et au développement des organisations. Or, l’acquisition et le développement d’un leadership efficace deviennent souvent une sorte de quête du Graal.
Un défi : comprendre les ressorts du leadership
Bien que valorisé et recherché, le leadership apporte avec lui son lot de questions et de mystères : est-il inné ou peut-on l'acquérir? Qui le possède vraiment? Qu’est-ce qui rend le leadership efficace?
Les experts et chercheurs répondent fort différemment à ces questions. La définition même du leadership est sujette à débat : capacité d'un individu à mener ou conduire d'autres individus ou organisations dans le but d'atteindre certains objectifs, pour les uns, capacité d’influence avant tout pour d’autres. Les nuances des définitions du leadership sont nombreuses et témoignent surtout de sont résultat plutôt que de sa nature même.
Une chose est certaine, toutefois, les qualités personnelles ne sauraient à elles seules garantir un leadership efficace. En effet, les caractéristiques d'un « bon » leader dans un contexte donné peuvent se révéler désastreuses dans un autre.
Au-delà des qualités des personnes qui l'exercent, des études soulignent que le leadership efficace se distingue par la possession de capacités mentales et comportementales qui permettent d'atteindre les buts visés, soit la vision, la mobilisation, l'innovation, etc.
Leadership efficace : les enseignements des travaux de R. Dilts
Robert B. Dilts, chercheur, auteur, formateur et consultant en programmation neurolinguistique (PNL), a consacré une bonne partie des 20 dernières années à l'étude approfondie des compétences en leadership. Ses travaux l'ont amené à collaborer avec des leaders des grands noms internationaux de l'industrie et des services, tels Fiat, Pharmacia ou Apple.
Grâce à ces collaborations et études, il a pu identifier ce qu’il considère être les 4 compétences fondamentales du leadership :
- les compétences personnelles qui « ont à voir avec la façon dont le leader se conduit dans une situation donnée » et permettent à celui-ci de « choisir ou d’induire l’état, l’attitude ou l’attention, etc., les plus appropriés pour aborder une situation ».
- les compétences relationnelles qui « ont à voir avec la capacité de comprendre, motiver et communiquer avec les autres » et qui « résulte de la capacité à pénétrer dans la carte du monde d’une autre personne (…) pour lui faire reconnaître les problèmes et les objectifs ».
- les compétences de pensée stratégique qui « sont nécessaires pour définir des buts et objectifs spécifiques et les atteindre ». Elles « implique(nt) la capacité d’identifier un état désiré pertinent ».
- les compétences de pensée systémique qui « sont utilisées (…) pour identifier et appréhender l’espace problème [c'est-à-dire les principaux enjeux et questions] dans lequel le leader, ses collaborateurs et l’organisation opèrent ».
Ces compétences de leadership permettent, selon Dilts, de répondre aux 4 grands enjeux des leaders à savoir la maîtrise de soi, la maîtrise du système dans lequel il agit, la maîtrise de la communication et enfin la maîtrise de la relation.
Outre l’intérêt de l’identification de ces compétences, les travaux de Dilts soulignent une dimension importante des compétences de leadership et souvent négligée dans les pratiques de gestion : celle de la gestion de ses états internes.
La leçon des athlètes : la gestion des états internes
Il est étonnant de constater combien les pratiques sportives intègrent depuis fort longtemps la gestion de soi et de ses « états internes » et combien il a fallu de temps pour s’intéresser à cette dimension dans un contexte de gestion.
En effet, tout athlète de haut niveau sait qu’outre la maîtrise de techniques propres à son sport, sa performance dépend beaucoup de son état intérieur, c’est‑à-dire de la manière dont il conditionne son inconscient face à une compétition.
De la même manière, le processus de leadership est en grande partie inconscient. Que ce soit par ses intuitions, ses inspirations ou réactions spontanées, le leader induit par son comportement la mise en œuvre de son inconscient. Or, une des manières efficaces de maîtriser ses mécanismes inconscients est d’apprendre à reconnaître et à gérer ses états internes.
De sorte que la bonne gestion de ses états internes peut devenir un moyen pour le leader d’accroître l’impact de son leadership.
Comment gérer ses états internes?
Dans un monde où tout va vite et où les pressions sont très lourdes sur les épaules des leaders, la gestion de ses états internes pourrait paraître difficile, voire futile pour certains.
Or, étonnamment, ce sont les grands leaders eux-mêmes, ceux qui font preuve d’un leadership efficace, qui témoignent spontanément de cette habileté de gestion de soi qu’ils ont développée. Un des collaborateurs de Robert Dilts et PDG de la filiale française du laboratoire pharmaceutique suédois Pharmacia, Gilles Pajou, définit le leadership ainsi : « le leadership est plus un état qu’une activité ».
Martine Renaud-Boulart, dans Coacher avec le Bouddhisme, interviewe plusieurs grands leaders et met en évidence la maîtrise de leurs « stabilité émotionnelle » et « sécurité intérieure ».
Pour parvenir à gérer ses états intérieurs, chaque leader a sa recette : certains « golfent » leurs états internes, d’autres les méditent ou les visualisent. Il ressort en général un point commun de leurs approches : leur rapport au corps et au mouvement. L’activité physique ou l’immobilité permet souvent de réguler et d’activer un état particulier potentiellement propice au leadership efficace.
En ma qualité de coach, je ne saurai mettre de côté mon métier qui a le grand mérite d’accompagner les leaders non seulement dans leurs actions et décisions, mais, aussi et surtout, dans la connexion et la gestion de leurs états internes.
L’accomplissement intérieur au service de l’entreprise
La quête du leadership efficace est, et sera encore pour longtemps probablement, un défi pour chaque leader. La gestion de ses états internes devient potentiellement une des clefs pour la gestion des ressources humaines de demain. Comment comme gestionnaires RH pouvons-nous favoriser cette gestion des états internes? Quelles sont les conditions propices à mettre en place? Les questions restent nombreuses. Mais, qui sait, peut-être bientôt oserons-nous affirmer dans nos comités de direction ce que Martine Renaud-Boulart avance : que « la réussite durable en entreprise est liée à l’accomplissement intérieur. »
Pour aller plus loin : suggestions de lecture
- Dilts, Robert B., Leadership visionnaire. Outils et compétences pour réussir le changement par la PNL, Éditions De Boeck, 2009.
- Renaud-Boulart, Martine, Coacher avec le Bouddhisme, Éditions Eyrolles, 2008.
Carole Théot, C.O., CRHA, ACC, est coach professionnelle certifiée chez Vézina Nadeau Labre. On peut la joindre au 514 736-0060, poste 220 ou au ctheot@vnlsolutions.com
À propos de l'auteure
c.o., acc, coach professionnelle certifiée, Vézina Nadeau Labre.